Sunset Park de Paul Auster

Pour écrire Sunset Park, Auster a trempé sa plume dans une eau tout ensemble grave et aimable, brossant une galerie d'attachants portraits sur fond d'une Amérique très contemporaine dépeinte, elle, sous un jour lucide et peu engageant. C'est d'ailleurs parce que l'époque, ultra-libérale, moralisatrice, bref, bien peu solidaire, ne leur paraît guère accueillante que Bing Nathan, Ellen et Alice ont choisi de se rassembler, posant clandestinement leurs bagages dans une modeste maison de Brooklyn. Squatters illicites : c'est là leur paisible insurrection contre le monde. Bientôt ils seront rejoints par celui qui est en fait le personnage central du roman, Miles, un presque trentenaire, lesté de nombreux poids : une amoureuse déraisonnablement jeune, la mort d'un demi-frère - qu'il a provoquée dix ans plus tôt -, le silence qu'il a installé entre ses parents et lui...
C'est avec une grande subtilité et beaucoup de minutie que Paul Auster déploie la pluralité des voix et des visages dont se nourrit ce roman discrètement virtuose.