Interview

Patricia Mériais-Martin, librairie "Le porte plume" à St-Servan et Morgan, stagiaire


LIBRAIRIE LE PORTE PLUME
Patricia, que représente le métier de libraire et, pour vous, c’est quoi un bon libraire ?
C’est avant tout le partage d’une passion, mais aussi de liens et de connaissances. Etre un bon libraire c’est donner du conseil et être à l’écoute. Il faut se tenir informé en permanence de l’actualité grâce aux medias, lire et pas seulement ce que l’on aime. Il faut être attentif, tenir compte des retours des clients et avoir une bonne culture générale.
Comment êtes-vous devenue libraire ?
L’amour de la langue française m’a amenée à faire des études littéraires. Mais c’est un libraire qui m’a appris les ficelles du métier -ce qui est indispensable-. A mon époque, il n’y avait pas de diplôme particulier pour pouvoir s’installer et c’est toujours le cas plus ou moins aujourd’hui. J’aimais évidemment lire mais je voulais partager cet amour même si je n’écris pas. D’ailleurs j’interviens dans des collèges ou des maisons de quartier pour expliquer mon parcours et mon métier, parler des livres ou accompagner un auteur et je fais partie d’un comité de lecture.
Quel bilan tirez-vous de votre aventure, et quels sont vos projets ?
Je n’ai jamais regretté mon choix. Mais il faut admettre que l’on ne fait pas ce métier pour s’enrichir financièrement. On s’enrichit autrement car c’est un métier de passion. Les marges que nous avons ne sont pas énormes et il faut avoir une gestion des stocks très pointue si l’on ne veut pas être vite engorgé. Il faut donc gérer avec beaucoup de prudence : je retourne les livres aux éditeurs dans une période de 3 mois à un an mais il est facile de commander un livre demandé en quelques jours. Mes projets sont, bien sûr, de continuer, de surprendre avec de nouveaux produits comme les livres objets ou les livres ludiques.
Considérez-vous que les livres numériques constituent une menace directe pour les libraires ?
Franchement et pour ce qui me concerne, ce n’est pas le cas. Je connais l’Internet depuis déjà 20 ans et je dois dire qu’à cette époque, une partie des professionnels du livre a bien réagi. Il y a eu une démocratisation des beaux livres et il y a un public pour acheter ces beaux objets -pour eux-mêmes ou pour faire des cadeaux comme en cette période de Noël- et pour venir chercher des conseils de lecture. Il y a des livres à tous les prix et sur tous les sujets possibles et chaque mois, entre 7 000 et         10 000 parutions de toute nature sortent et le livre bénéficie de beaucoup de promotions. En particulier les Salons drainent beaucoup de monde. Personnellement je pense que les jeux éducatifs sont aujourd’hui plus en péril que les livres ne le sont.
Auriez-vous à nous conseiller quelques titres de romans, qui vous ont particulièrement plu dernièrement ?
J’ai beaucoup aimé le Goncourt des lycéens « La vérité sur l’affaire Harry Québert » et un très joli livre de Frédérique Martin « Le vase où meurs cette verveine ».
Vous avez cette année une jeune stagiaire dans votre librairie, Morgan. Peut-elle nous parler de son parcours et nous dire comment, elle-même, elle envisage le métier de libraire ?
Je fais un BP de libraire, un diplôme récemment créé que l’on peut faire soit à l’Institut National de la Formation de la Librairie à Paris soit à L’institut Supérieur des Métiers à Laval, ce qui est mon cas. J’ai fait une licence de géographie et, comme depuis l’enfance j’ai toujours beaucoup aimé lire, j’ai finalement décidé de suivre cette formation de l’ISM qui inclut un stage que j’effectue donc chez Patricia.
Pour moi, un bon libraire prodigue du conseil et a sa clientèle, mais je trouve aussi essentiel de relier les livres à des évènements culturels et je vais mettre l’accent sur cet aspect lors du montage de mon projet de stage. Je souhaite revaloriser les rayons jeunesse et aller au-devant des jeunes publics, par exemple lors de séances de dédicaces.
Quant au numérique, on en parle beaucoup mais en France il me semble que c’est encore loin d’être acquis.