Dans la ville d'or et d'argent

Kenizé Mourad aborde ici ce que l'on considère comme les prémisses du mouvement de libération des Indes, qui aboutira à l'indépendance en 1956, au terme de dizaines d'années de lutte et de combat. Nous sommes en 1856, cela fait presqu'un siècle que l'Angleterre exploite et contrôle le pays, contraignant un nombre de plus en plus grand d'états à la soumission, pour pouvoir en toute légalité auto-proclamée, faire main basse sur les richesses que recèlent les Indes : soieries, pierres précieuses, épices, fort appréciées par les sujets de la reine Victoria. le postulat de base étant l'infériorité des habitants indigènes, il.est alors facile de se justifier des nombreux méfaits commis au nom de la couronne. Mais il existe également en ces contrées lointaines un état où, à défaut d'être gaulois, les habitants sont irréductibles, et où la tentative d'annexion va mettre le feu aux poudres, au sens propre. Les cipayes, soldats indiens de l'armée anglaise vont se retourner contre leurs supérieurs et se battre désespérément pour obtenir justice. le roi d'Awadh est prisonnier loin de sa cour de Lucknow : c'est l'une de ses femmes qui va relever le défi de mener la lutte contre l'occupant, régente de son jeune fils âgé de 11 ans. Lourde tâche : les soldats s'ils sont très motivés sont mal équipés face à l'armement des ennemis, et il est bien entendu à l'époque, difficile de faire entendre ses raisons quand on est femme. Cela n'effraie pas Hazrat Mahal et sa volonté viendra à bout des préjugés et critiques de son entourage.

Cette épisode de l'histoire indienne est très intéressante, tant sur le plan historique que sociologique, car les comportements universellement observés dans tous les contextes de colonisation sont ici bien relatés. L'on comprend aussi l'incompréhension mutuelle de ces deux civilisations extrêmement différentes. Et lors des faits d'armes la cruauté est amplifiée par l'incommunicabilité
Un ouvrage bien documenté, un bon roman historique.