Certaines n’avaient jamais vu la mer

Julie Otsuka avait impressionné dès son premier roman, Quand l’empereur était un dieu. La débutante y mettait en scène les camps où furent parqués, aux États-Unis après l’attaque de Pearl Harbour, les citoyens américains d’origine japonaise.
Dans son deuxième roman, Certaines n’avaient jamais vu la mer, elle se fait la porte-parole des jeunes filles, ignorantes et pures, qui ont traversé l’océan pacifique pour se marier avec des américains d’ascendance japonaise, à l’aube du XXème siècle.  À San Francisco, les attendent des maris dont elles ont juste reçu la photo. Toutes ont leurs peurs, leurs attentes puis leurs désillusions. Sur place, les exilées connaissent diverses fortunes. Il leur faut travailler dans les champs, vivre à l’écart, essayer de se familiariser avec la langue anglaise. Plus tard, quelques-unes seront coiffeuses, blanchisseuses, bonnes à tout faire. De grandes dames américaines blanches leur donneront de nouveaux prénoms plus américains et leur confieront leurs enfants à élever. Avec la venue de leurs propres enfants, les années et les décennies filent. Avant que ne parviennent des rumeurs parlant de la guerre contre le Japon, d’arrestations, de déportations en masse vers des destinations inconnues. Avant que ne s’efface totalement toutes traces qu’ils auraient pu laisser derrière eux.
Ce texte lyrique, en forme d’incantation, rend hommage à toutes ces femmes anonymes et sacrifiées et tente de pallier le silence et l’oubli  de ces faits avérés. Ce roman a été couronné aux États-Unis par le Pen Faulkner Award for Fiction.