Jonquille 147 (Lauréate 8-11 ans)

L’arrosoir magique

Isaure est folle de joie : pour son anniversaire, elle a reçu tout un équipement de la parfaite jardinière (brouette, pelle, pioche, râteau, bulbes et arrosoir). Elle va enfin pouvoir exercer sa passion en compagnie de sa cousine Candice qui arrive demain pour les vacances.
Aujourd’hui le ciel est illuminé par un soleil radieux, c’est donc l’occasion pour Isaure de préparer la terre pour le jardinage. Elle nettoie quelques jardinières, met des galets dedans, verse le terreau par-dessus puis arrose. Sur les conseils de son père, qui sait très bien jardiner, elle les place à l’endroit le plus ensoleillé du jardin.
Grâce à toutes ces occupations, Isaure n’a pas vu le temps passer et elle est surprise d’entendre sa mère l’appeler pour le dîner.
Au moment de se coucher, elle regarde une dernière fois ses jardinières au travers de la fenêtre. Elle a du mal à s’endormir, trop pressée et trop excitée de revoir Candice et de tout lui montrer.
Isaure dort jusqu’à onze heures, elle s’est endormie très tard. Heureusement, Candice n’est pas encore arrivée. Isaure se prépare à toute vitesse et s’installe confortablement dans le canapé pour attendre sa cousine.
Enfin, au bout d’une demi-heure de patience, Candice, ses parents et son petit-frère arrivent.
- Salut, Isaure ! Je suis contente de te revoir. Ca faisait longtemps ! dit Candice.
- C’est sûr… En tout cas, tu ne devineras jamais ce que j’ai eu pour mon anniversaire ! S’exclame Isaure.
- Je donne ma langue au chat !
- J’ai reçu l’équipement de la parfaite jardinière !
- Génial ! On ne va pas s’ennuyer !
Impatiente, Isaure emmène sa cousine dans le jardin. Mais là, une surprise l’attend.
Isaure est stupéfaite et reste figée devant les jardinières.
- Tiens donc, que s’est-il passé ? Le terreau est rouge coquelicot, il était noir ébène hier soir et il y a déjà des pousses !
Candice a du mal à suivre son raisonnement. Isaure juge raisonnable de ne pas en dire plus car elle-même a du mal à comprendre et propose de jouer à la balançoire. Après avoir longuement joué mais toujours sous le choc de cette découverte, les deux fillettes inspectent scrupuleusement le jardin. Il n'y a rien de spécial. C’est l’hiver : les arbres sont dénudés, les fleurs sont mortes, le givre recouvre les toits des maisons… Le chat se cache entre les branches des arbres mais Isaure et Candice arrivent toujours à le trouver !
Il est quatre heures. Isaure et Candice filent prendre leur goûter.
- Alors, mes chipies, vous avez bien joué ? demande la mère d’Isaure.
- Oh, oui Maman, c’était super ! Mais là, si je ne mange pas quelque chose, je crois que mon estomac va s’enflammer ! répond sa fille. 
- Bien. Heureusement, j’ai préparé un goûter digne de ce nom !
Elle a peine le temps de finir sa phrase que les deux enfants se précipitent sur les biscuits.
La journée est passée trop vite pour Isaure et Candice. Le soir, après s’être couchées, elles ne parviennent pas à trouver le sommeil.
Malgré leur fatigue, le lendemain matin, elles sont les premières éveillées et sont prêtes en  un rien de temps.
Elles sortent directement dans le jardin.
Seulement, là, le jardin a bel et bien changé. Les deux filles échangent un regard intrigué.
Le verger est transformé : les pêchers donnent des pêches, les poiriers des poires, les cerisiers des cerises, les oliviers des olives, les framboisiers des framboises…
Même pour une grosse récolte en été, celle-ci est un record !
Le potager est également parsemé de légumes, les rosiers sont en fleurs, les buissons ont retrouvé leurs touffes, les abeilles sont revenues et butinent les arbres, les papillons volent…
- Sapristi ! On croirait avoir bondi d’une saison ! C’est impossible ! Que s’est-il bien passé ici ? Demande Candice.
- Dans un sens tu n’as pas tort, on se croirait en été ! Mais tous les arbres ne fleurissent pas en même temps !
- Oui, mais qui a causé tout ce délire ?
- Ca doit être le nouveau voisin. Je l’ai trouvé bizarre dès qu’il a emménagé. Tous les soirs, il se promène avec son chapeau, son chien, sa canne et son cigare. Il doit être sorcier !
- Bien sûr! Hé, Isaure, tu aurais le droit de monter une tente dans le jardin, ce soir ? Je sais qu’on est en hiver mais le printemps approche ! On pourrait espionner le voisin.
- Excellente idée, Candice ! Je vais demander à mon père.
Celui-ci est d’accord. Après avoir monté la tente, les deux fillettes ne renoncent pas à goûter les fruits du verger.
- Les framboises sont super bonnes ! Et les pêches… c’est sublime ! s’exclame Isaure.
Après avoir mangé un copieux goûter, elles décident de fabriquer des bouquets avec les fleurs du jardin pour décorer la tente : le résultat est magnifique.
La journée se termine très bien. Après avoir confortablement préparé leur « petit nid » dans la tente, les deux fillettes se couchent mais ne s’endorment pas tout de suite.
La nuit est tombée, la lune éclaire le ciel. Les étoiles sont toutes présentes. Seulement, un bruit de pas légers intrigue les deux enfants. Il provient du garage.  Le bruit se rapproche de plus en plus, comme une pelle qui frappe de la pierre. Isaure et Candice sont tétanisées mais leur curiosité les pique à vif : elles ne résistent pas à la tentation de faire glisser la fermeture de la tente et de regarder ce qui se passe. Ce qu’elles aperçoivent les laissent sans voix.
L’arrosoir que vient de recevoir Isaure sautille dans le jardin et arrose les plantes avec de l’eau argentée telle celle de la fontaine de Jouvence. Un détail impressionne les deux enfants : l’arrosoir chante. Sa voix est douce et posée et la chanson magnifique.
Malheureusement, il se rend rapidement compte de la présence des deux filles. Il devient jaune fluorescent et se met à leur parler :
- Depuis quand me regardez-vous  ? Demande l’arrosoir.
- Tu parles ? répondent Isaure et Candice en chœur.
- Oui bien sûr, je suis un arrosoir magique. N’ayez pas peur !!
- C’est le voisin qui t’envoie ?
- Non, j’étais dans le cadeau d’anniversaire d’Isaure. Je suis un arrosoir extraordinaire qui vous permet d’avoir les fruits les plus savoureux et les fleurs les plus magnifiques du monde. Mon eau contient des propriétés identiques à celles de la fontaine de jouvence, c’est-à-dire avec des pouvoirs magiques.
- Pourquoi, tu es venu dans mon jardin ? demande Isaure
- Parce que c’est toi qui a été désignée par la confrérie des Arrosoirs Enchantés. Je vais vous demander de garder ce secret toute votre vie sinon il en coûtera la mienne et celle de tous les jardins et particulièrement celui-ci où rien ne poussera plus jamais.
- Nous te le promettons précisent les deux fillettes en se pinçant pour vérifier qu’elles ne rêvent pas.
Plusieurs années se sont écoulées et les deux filles sont devenues les meilleures cuisinières de leur ville. Toutes les communes des alentours viennent déguster leurs fantastiques tartes aux fruits et leurs soupes savoureuses. Elles ont toujours gardé en elles le secret de l’arrosoir magique. Ce dernier a bien vieilli mais a gardé tous ses pouvoirs. Seule sa voix est chevrotante et il ne peut plus chanter comme avant.